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Le tastevin : histoire et usage de la tasse d’argent des gens du vin

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Le tastevin : histoire et usage de la tasse d’argent des gens du vin

Le tastevin est une petite tasse plate, le plus souvent en argent, que vignerons, courtiers et sommeliers utilisaient pour observer et goûter le vin en cave. Ses bosses et ses cannelures renvoient la lumière d’une bougie à travers le vin, ce qui permettait d’en juger la couleur et la limpidité dans la pénombre.

Un outil né dans des caves sans lumière

Avant l’électricité, les caves n’étaient éclairées qu’à la bougie. Pour examiner un vin prélevé au tonneau, il fallait un récipient capable d’en montrer la couleur malgré l’obscurité. Le verre, fragile et longtemps coûteux, se prêtait mal à cet usage quotidien sous terre. La tasse de métal poli, peu profonde, offrait au contraire une surface brillante : une fine couche de vin, posée sur le fond argenté, laisse voir sa teinte, ses reflets et la présence éventuelle d’un trouble.

Une forme pensée pour l’œil

Le tastevin bourguignon classique présente un fond bombé au centre, des bosses arrondies, les cupules, sur une partie de la paroi, et des cannelures sur une autre. Chaque relief joue un rôle. La partie lisse montre la couleur. Les cupules, comme autant de petites loupes, font jouer la lumière et révèlent la brillance. Les cannelures, en faisant varier l’épaisseur du liquide, renseignent sur l’intensité de la teinte. Une anse, en forme d’anneau ou de serpent enroulé selon les modèles, permet de tenir la tasse du bout des doigts sans chauffer le métal.

Des variantes selon les régions

Toutes les régions n’ont pas adopté la même forme. On trouve des tasses plus profondes ou plus lisses selon les vignobles et les époques, et le mot lui-même connaît des graphies anciennes, tâte-vin ou taste-vin. La Bourgogne reste la région où l’objet est le plus attaché à l’identité viticole, au point d’en être devenu un symbole.

L’outil des courtiers et des sommeliers

Le tastevin accompagnait les professionnels qui goûtaient beaucoup de vins en cave : vignerons, maîtres de chai, courtiers chargés de prélever des échantillons pour les négociants, puis sommeliers. Beaucoup de tasses anciennes portent, gravés sur le bord, le nom de leur propriétaire et parfois une date. Ces inscriptions intéressent les historiens de la vie rurale, car elles permettent de suivre la circulation des objets dans les familles de vignerons et de marchands.

En salle, le sommelier a longtemps porté son tastevin au cou, suspendu à une chaîne ou à un ruban. Le geste a presque disparu du service courant, où le verre l’a remplacé, mais la tasse reste un insigne du métier lors des concours et des cérémonies professionnelles. La page sur le sommelier raconte l’évolution de ce métier.

Du métier au symbole bourguignon

Au XXe siècle, l’objet devient un emblème. La confrérie des Chevaliers du Tastevin, fondée en Bourgogne en 1934, lui emprunte son nom ; ses membres le portent au cou, suspendu à un ruban aux couleurs de la confrérie. Le tastevinage, sélection de vins de Bourgogne organisée par cette même confrérie, en reprend aussi le nom : les vins retenus peuvent porter une étiquette particulière. Les confréries vineuses d’autres régions ont adopté des insignes comparables, tasse, grappe ou cep.

Reconnaître un tastevin ancien

  • Le métal : l’argent massif porte en France des poinçons, dont l’étude aide à situer l’époque et l’atelier ; le métal argenté et l’étain sont plus courants.
  • La gravure : un nom ou une date sur le bord renseigne sur l’usage professionnel de la tasse.
  • L’usure : des reliefs adoucis et de petites déformations témoignent d’un usage réel en cave.
  • L’anse : sa forme varie selon les ateliers, de l’anneau simple au serpent ciselé.

Les musées du vin de Bourgogne en conservent des séries, qui montrent l’évolution des formes du XVIIIe au XXe siècle. Ces collections permettent aussi de comparer le tastevin à d’autres récipients de dégustation, plus profonds, utilisés ailleurs.

Tastevin et verre de dégustation

Le tastevin et le verre ne répondent pas au même besoin. La tasse sert d’abord à l’œil, dans une cave sombre, et retient mal les arômes, puisqu’elle est ouverte et peu profonde. Le verre tulipe, au contraire, concentre les odeurs vers le nez. C’est pourquoi le verre à vin de dégustation a fini par s’imposer chez les professionnels, une fois les caves éclairées.

Des ateliers d’orfèvres aux objets de série

Les tastevins d’argent sortaient des ateliers d’orfèvres, en Bourgogne, à Paris ou dans les villes du commerce du vin. Les plus soignés portent un décor ciselé de pampres et de grappes autour des cupules, ou des initiales entrelacées sur l’anse. Le poinçon du maître orfèvre et celui de la garantie permettent souvent de les situer dans le temps. Au XIXe siècle, la production se diversifie : le métal argenté, moins coûteux, rend l’objet accessible à un plus grand nombre de vignerons, et les modèles se standardisent. Au XXe siècle apparaissent les tastevins souvenirs, gravés au nom d’un village ou d’une confrérie, qui n’ont plus guère d’usage en cave mais témoignent de la popularité de l’objet.

Pour un collectionneur, la provenance compte autant que le métal : un tastevin resté dans la même famille de vignerons, avec son nom gravé, raconte une histoire plus riche qu’une pièce anonyme.

À retenir : le tastevin est d’abord un instrument d’observation : ses reliefs servent à juger la couleur et la limpidité d’un vin à la lueur d’une bougie, avant d’en avoir fait un symbole du métier.

Le métier de ceux qui l’utilisaient en tournée est présenté dans la page sur le courtier en vins, et les autres objets dans la rubrique objets et métiers.

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