Pendant des siècles, le vin se conserve et se transporte en tonneau ; la bouteille ne sert qu’à le porter à table. Au XVIIe siècle, l’Angleterre produit un verre plus épais et plus solide, dans des fours chauffés au charbon. La bouteille devient alors un contenant de garde, et prend peu à peu les formes régionales que l’on connaît.
Du pichet à la bouteille
Dans l’Antiquité et au Moyen Âge, le vin est servi dans des cruches, des pichets ou des carafes, remplis au tonneau. Le verre existe, mais il est fragile et coûteux. Les bouteilles sont rares, souvent protégées par de la paille ou de l’osier.
La révolution du verre anglais
Au XVIIe siècle, l’Angleterre interdit d’utiliser le bois dans les verreries, réservé à la marine. Les verriers passent au charbon, qui produit une chaleur plus intense. Le verre obtenu est plus épais, plus sombre et plus résistant. Les bouteilles peuvent désormais être couchées, bouchées au liège et conservées longtemps. Elles supportent aussi la pression des vins mousseux, ce qui compte dans l’histoire du champagne.
Les formes régionales
- La bordelaise, aux épaules marquées, qui retiennent le dépôt au service.
- La bourguignonne, aux épaules tombantes, utilisée aussi dans le Rhône et la Loire.
- La flûte d’Alsace, haute et fine.
- La bouteille champenoise, épaisse, à fond creux, faite pour résister à la pression.
- Le clavelin du Jura, de 62 cl, réservé au vin jaune.
Ces formes se sont fixées au XIXe siècle, avec la production industrielle du verre.
Le format de 75 cl
La contenance des bouteilles a longtemps varié. Le format de 75 centilitres s’est généralisé progressivement, puis il a été retenu comme standard par la réglementation européenne. Plusieurs explications circulent sur son origine, sans qu’aucune ne fasse l’unanimité : capacité pulmonaire des souffleurs de verre, conversion avec le gallon impérial anglais. Les grands formats, magnum, jéroboam, mathusalem, ont des noms tirés de la tradition.
La bouteille aujourd’hui
La bouteille de verre reste le contenant de référence pour les vins de qualité. Son poids a un impact environnemental important, ce qui pousse les producteurs à alléger le verre, à développer le réemploi des bouteilles consignées ou à proposer d’autres contenants pour les vins à boire jeunes.
Les noms des grands formats
Les noms des grands formats viennent pour la plupart de rois et de personnages de la Bible ; l’origine de cet usage reste incertaine. Leur contenance dépend de la région : l’échelle ci-dessous est celle de la Champagne, tandis que le Bordelais a ses propres usages, avec par exemple le double magnum et l’impériale.
| Format | Contenance | Équivalent en bouteilles de 75 cl |
|---|---|---|
| Magnum | 1,5 litre | 2 |
| Jéroboam | 3 litres | 4 |
| Réhoboam | 4,5 litres | 6 |
| Mathusalem | 6 litres | 8 |
| Salmanazar | 9 litres | 12 |
| Balthazar | 12 litres | 16 |
| Nabuchodonosor | 15 litres | 20 |
Les petits formats ont aussi leurs usages : la demi-bouteille de 37,5 centilitres est courante pour les vins liquoreux et les effervescents, le quart de bouteille surtout pour les effervescents. Le format ne change pas seulement la quantité : un vin évolue plus lentement en magnum qu’en bouteille, le volume d’air au contact du vin étant proportionnellement plus faible, ce qui explique la faveur des grands formats pour la garde.
Pourquoi le verre est souvent sombre
La teinte verte ou brune du verre n’est pas qu’une tradition. La lumière, en particulier les ultraviolets, peut altérer le vin et provoquer des goûts dits de lumière, surtout dans les blancs et les effervescents. Un verre foncé filtre une partie de ces rayons. Les bouteilles de verre blanc, appréciées pour montrer la couleur des rosés, exposent davantage le vin et demandent un stockage à l’abri du jour.
Pour l’objet qui la ferme, voir le bouchon de liège ; pour ce qui l’habille, l’étiquette de vin, et la rubrique objets et métiers.

