Le vin entre en Gaule par la Méditerranée. Vers 600 avant notre ère, des Grecs venus de Phocée fondent Massalia, l’actuelle Marseille, et y plantent la vigne. Quelques siècles plus tard, les Romains diffusent sa culture dans la province de Narbonnaise, puis vers l’intérieur du pays, jusqu’aux vallées du Rhône, de la Garonne et de la Moselle.
Massalia et le commerce grec
Les colons grecs apportent avec eux la vigne et l’olivier, deux cultures essentielles de leur monde. Marseille devient un port de commerce actif. Le vin s’échange avec les populations celtes de l’intérieur, qui l’apprécient et le paient cher. Les archéologues retrouvent, le long des voies fluviales, des fragments d’amphores marseillaises qui témoignent de ces échanges. La culture de la vigne reste pourtant longtemps limitée au littoral.
Rome et la Narbonnaise
À la fin du IIe siècle avant notre ère, Rome conquiert le Sud de la Gaule et fonde Narbonne, première colonie romaine hors d’Italie. La province de Narbonnaise devient une terre de vignes. Les marchands italiens y vendent d’abord leur propre vin, transporté par bateaux entiers d’amphores. Puis la production locale se développe, au point de concurrencer celle de l’Italie.
La remontée vers l’intérieur
Au cours des premiers siècles de notre ère, la vigne remonte la vallée du Rhône, gagne la région de Bordeaux, la Bourgogne, la Moselle. Les sources antiques mentionnent des cépages adaptés au froid, cultivés par les peuples gaulois. Les grands vignobles français trouvent leur origine dans cette époque, même si leur visage a beaucoup changé depuis.
De l’amphore au tonneau
Les Romains transportaient le vin dans des amphores de terre cuite, lourdes et fragiles. Les Gaulois, artisans habiles du bois, utilisaient des tonneaux cerclés pour conserver la bière et d’autres liquides. Le tonneau, plus léger et plus résistant, finit par s’imposer pour le vin. Des bas-reliefs gallo-romains montrent des barques chargées de tonneaux sur les rivières. Cet héritage gaulois traverse les siècles : la barrique d’aujourd’hui en descend directement.
Un vin différent du nôtre
Le vin antique ne ressemblait pas à celui que l’on boit aujourd’hui. Il était souvent coupé d’eau, parfois aromatisé avec du miel, des épices ou de la résine. Il se conservait mal, faute de récipients étanches à l’air. Les Romains connaissaient pourtant des crus réputés et des vins de garde, dont parlent les auteurs latins.
Une interdiction et sa levée
À la fin du Ier siècle, l’empereur Domitien aurait ordonné de limiter les plantations de vigne dans les provinces, peut-être pour protéger les céréales ou les producteurs italiens. Cet édit, connu par des sources anciennes, est discuté par les historiens quant à son application réelle. À la fin du IIIe siècle, l’empereur Probus aurait levé ces restrictions, ouvrant une nouvelle période d’expansion.
Ce que révèlent les fouilles
L’archéologie a beaucoup renouvelé l’histoire du vin gaulois. Les épaves retrouvées au large des côtes provençales contiennent parfois des milliers d’amphores italiennes, témoins d’un commerce massif aux IIe et Ier siècles avant notre ère. Sur la terre ferme, les fouilles ont mis au jour des villas gallo-romaines équipées de pressoirs, de cuves et de chais où le vin était stocké dans de grandes jarres enterrées, les dolia. Dans le Languedoc et la vallée du Rhône, des ateliers de potiers fabriquaient des amphores gauloises, preuve que la province exportait à son tour son propre vin vers Rome et les autres provinces.
Ces découvertes montrent aussi la variété des usages : vin de banquet pour les élites, vin ordinaire pour les soldats et les travailleurs, vin aromatisé dont l’usage se prolongera au Moyen Âge avec l’hypocras. Les sites archéologiques et les musées de Narbonne, de Nîmes ou de Lyon en conservent de nombreux témoignages.
La suite de l’histoire se poursuit au Moyen Âge, avec les vignes des monastères. L’objet hérité des Gaulois est raconté dans la page sur le tonnelier, et l’ensemble des étapes dans la rubrique histoire.

