Le phylloxéra est un minuscule puceron venu d’Amérique du Nord, qui s’attaque aux racines de la vigne européenne. Repéré en France dans les années 1860, il détruit en quelques décennies la plus grande partie du vignoble. La solution vient de la greffe des cépages européens sur des porte-greffes américains, résistants à l’insecte.
Un mal mystérieux
Au milieu des années 1860, des vignes dépérissent dans le Gard et la vallée du Rhône. Les feuilles jaunissent, les pieds meurent en quelques années. En 1868, une commission menée notamment par le botaniste Jules-Émile Planchon identifie un insecte sur les racines des vignes malades et le nomme Phylloxera vastatrix, le dévastateur. L’insecte est arrivé avec des plants de vigne américains importés en Europe.
Un fléau qui gagne toute la France
De proche en proche, le phylloxéra gagne le Languedoc, le Bordelais, la Bourgogne, la Champagne, puis l’ensemble des régions viticoles d’Europe. Les vignerons voient disparaître leurs vignes. Des régions entières abandonnent la viticulture, d’autres connaissent un exode rural. L’économie du vin, essentielle dans de nombreuses campagnes, s’effondre.
La recherche de remèdes
Pendant des années, on cherche un traitement. On injecte du sulfure de carbone dans le sol, on inonde les vignes en hiver pour noyer les insectes, on plante dans les sables, où l’insecte survit mal. Ces méthodes ont un effet limité, coûtent cher ou ne conviennent qu’à certains terrains. Les vignobles des sables du littoral, comme en Camargue, échappent en partie au fléau.
La solution : la greffe
Les vignes américaines, qui ont coévolué avec le phylloxéra, résistent à ses attaques sur leurs racines. L’idée s’impose de greffer les cépages européens sur des racines américaines : le greffon donne le raisin, le porte-greffe résiste à l’insecte. Il faut trouver des porte-greffes adaptés aux sols calcaires français, ce qui demande des années de recherche. Le vignoble est reconstitué ainsi, pied par pied, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Les conséquences durables
La reconstitution transforme les vignobles : certains cépages disparaissent, d’autres sont privilégiés, les vignes sont plantées en rangs réguliers. Des hybrides, croisements entre vignes européennes et américaines, sont aussi plantés, avant d’être largement interdits. Aujourd’hui encore, presque toutes les vignes d’Europe sont greffées. Seuls quelques îlots de vignes franches de pied subsistent, sur des sols sableux.
Une crise qui a déplacé les vignobles
La reconstitution coûte cher : il faut arracher, replanter, greffer, attendre plusieurs années la première récolte. Tous les vignerons n’en ont pas les moyens. Dans les régions de coteaux, où la vigne était difficile à travailler, beaucoup de parcelles ne sont jamais replantées ; les terrasses et les cabanes de pierre sèche retournent à la friche. À l’inverse, la plaine du Languedoc, plus facile à travailler, se couvre de vignes à grand rendement, destinées au vin courant des villes et des ouvriers.
Pendant la crise, la France importe aussi du vin, d’Espagne et d’Italie, puis surtout d’Algérie, où le vignoble se développe rapidement à la fin du XIXe siècle. Ces importations et la production abondante qui suit la reconstitution pèseront sur les prix au début du XXe siècle.
Les traces de cette époque restent visibles : murets et terrasses abandonnés sur certains coteaux, noms de cépages disparus des registres, collections de porte-greffes entretenues par les instituts de recherche. Les conservatoires de cépages, créés au XXe siècle, gardent aussi des variétés anciennes que la reconstitution avait délaissées.
- Le phylloxéra a-t-il disparu ?
- Non. L’insecte est toujours présent dans les sols, mais la greffe sur porte-greffe résistant protège les vignes. Une vigne non greffée plantée dans un sol infesté reste vulnérable.
- Quel lien avec la crise de 1907 ?
- La reconstitution massive du vignoble du Midi, puis la production abondante qui a suivi, ont contribué à la crise de surproduction à l’origine de la révolte de 1907.
La suite : la révolte des vignerons de 1907, et la rubrique histoire.

