En 1907, les vignerons du Languedoc et du Roussillon se soulèvent contre la chute des prix du vin. La crise est due à la surproduction et à la concurrence de vins fabriqués frauduleusement. Le mouvement, mené par Marcelin Albert, rassemble des centaines de milliers de manifestants et aboutit à une loi contre la fraude.
Les causes de la crise
Après le phylloxéra, le Midi a replanté massivement. Les rendements augmentent, la production explose. Dans le même temps, des vins sont fabriqués en ajoutant du sucre et de l’eau à des marcs, ou importés en grande quantité. Ces vins de fraude font baisser les prix. Au début du XXe siècle, les vignerons ne parviennent plus à vendre leur récolte à un prix qui couvre leurs coûts. La misère gagne les villages.
Marcelin Albert et le comité d’Argeliers
Dans le village d’Argeliers, dans l’Aude, un vigneron et cafetier, Marcelin Albert, organise la protestation. Le comité de défense viticole lance des réunions publiques dans les villages. Le mouvement prend de l’ampleur au printemps 1907. Les meetings attirent des foules de plus en plus nombreuses à Narbonne, Béziers, Perpignan, Carcassonne, Nîmes et Montpellier.
Les grandes manifestations
En juin 1907, la manifestation de Montpellier rassemble une foule considérable, estimée à plusieurs centaines de milliers de personnes selon les sources. Des maires démissionnent, des municipalités cessent de percevoir l’impôt. Le mouvement inquiète le gouvernement de Georges Clemenceau.
La répression et la mutinerie
Le gouvernement fait arrêter des membres du comité et envoie la troupe. À Narbonne, des affrontements font des morts. À Béziers, des soldats du 17e régiment d’infanterie, dont beaucoup sont originaires de la région, se mutinent et refusent de tirer sur la foule. L’événement marque durablement les mémoires et inspire une chanson célèbre.
La loi de 1907
Le 29 juin 1907, une loi renforce la lutte contre la fraude. Elle impose notamment aux vignerons de déclarer leur récolte et encadre l’ajout de sucre. D’autres mesures suivent. Elles posent les bases d’un contrôle de la production qui annonce la protection des origines. Marcelin Albert, reçu par Clemenceau, perd une partie de son crédit auprès des vignerons après cette rencontre.
Un tournant pour le vignoble
La révolte de 1907 montre l’importance politique du vin dans le Midi. Elle conduit l’État à organiser le marché, à protéger les producteurs et à lutter contre les fraudes. Ces préoccupations aboutiront, quelques décennies plus tard, au système des appellations d’origine contrôlée. Le souvenir de 1907 reste vif en Languedoc, où des monuments et des musées le commémorent.
Ferroul, Narbonne et la démission des maires
Parmi les figures du mouvement, le docteur Ernest Ferroul, maire de Narbonne, joue un rôle majeur. Socialiste et populaire, il pousse les municipalités à la grève administrative : les maires démissionnent, les mairies ferment, les conseils ne siègent plus. Arrêté en juin 1907, il devient un symbole de la résistance du Midi. La démission collective de centaines de conseils municipaux donne au mouvement une ampleur institutionnelle inédite.
Une chanson et des lieux de mémoire
La mutinerie des soldats du 17e régiment a inspiré une chanson antimilitariste, Gloire au 17e, écrite par Montéhus, qui a longtemps entretenu le souvenir de l’épisode. Les mutins sont ensuite envoyés en Tunisie. À Argeliers, à Narbonne et à Béziers, des plaques, des statues et des expositions rappellent aujourd’hui les événements. Le centenaire, en 2007, a donné lieu à de nombreuses publications et commémorations dans l’Aude et l’Hérault.
La crise a laissé une empreinte politique durable. Elle a renforcé l’attachement du Midi viticole à l’intervention de l’État sur le marché du vin, et préparé l’essor des syndicats et des caves coopératives, qui se multiplient dans la région au cours du XXe siècle.
Pour la suite, voir la naissance des appellations d’origine ; pour la cause lointaine, la crise du phylloxéra, et la rubrique histoire.

