Au XIVe siècle, les papes quittent Rome et s’installent à Avignon, de 1309 à 1377. Leur présence attire une cour nombreuse et stimule la viticulture de la région. Le pape Jean XXII fait construire un château d’été sur une colline au nord d’Avignon, dans un village qui prendra le nom de Châteauneuf-du-Pape.
La papauté en Avignon
Au début du XIVe siècle, les conflits à Rome et les liens entre la papauté et le roi de France conduisent le pape Clément V à s’installer dans le Comtat Venaissin, puis à Avignon. Ses successeurs y bâtissent le palais des Papes. Pendant près de soixante-dix ans, Avignon devient la capitale de la chrétienté occidentale, avec une cour de cardinaux, de fonctionnaires et de marchands.
Le château d’été de Jean XXII
Jean XXII, pape de 1316 à 1334, fait édifier un château sur la colline qui domine le Rhône, à une quinzaine de kilomètres d’Avignon. Le village alentour, appelé jusque-là Châteauneuf-Calcernier, en tire progressivement son nom actuel. Les vignes qui entourent le château fournissent du vin à la table pontificale.
Ce qu’il reste du château
Le château a été en grande partie détruit au fil des siècles, notamment lors des guerres de Religion puis, en 1944, par une explosion provoquée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n’en subsiste qu’une tour et des pans de murs, qui dominent toujours le village et le vignoble.
Une cour qui consomme et qui commerce
La présence de la cour pontificale crée une demande considérable en vin. Les papes et les cardinaux font aussi venir des vins de Bourgogne et d’autres régions. Le commerce s’intensifie dans la vallée du Rhône. Cette période contribue à la réputation des vins de la région, même si le nom de Châteauneuf-du-Pape ne s’impose comme désignation de vin que bien plus tard.
De la légende à l’appellation
Au XXe siècle, les vignerons de Châteauneuf-du-Pape s’organisent pour protéger le nom de leur vin et définir des règles de production : aire délimitée, cépages, pratiques. Ce travail, mené dans les années 1920, sert de modèle au système des appellations d’origine contrôlée, créé en 1935. Châteauneuf-du-Pape figure parmi les premières appellations reconnues.
Les armoiries sur la bouteille
Beaucoup de bouteilles de l’appellation portent en relief les armoiries pontificales, la tiare et les clés de saint Pierre. Ce symbole rappelle l’histoire du village et sert de signe de reconnaissance.
Les vignobles de la vallée du Rhône au Moyen Âge
La présence pontificale ne crée pas la viticulture de la région, qui existait depuis l’Antiquité, mais elle lui ouvre un débouché. Avignon, devenue une ville très peuplée, consomme beaucoup de vin. Les comptes de la Chambre apostolique, l’administration financière des papes, gardent la trace des achats de vin pour la cour, en provenance de la région, de Bourgogne et d’autres vignobles. Ils montrent que la table pontificale recherchait des vins de réputation, et que la qualité avait déjà un prix sur ce marché.
Les galets roulés et le terroir de Châteauneuf
Le vignoble de Châteauneuf-du-Pape est connu pour ses galets roulés, gros cailloux arrondis déposés par le Rhône et ses anciens cours, qui couvrent une partie des parcelles. Selon l’explication la plus courante, ils emmagasinent la chaleur du jour, limitent l’évaporation du sol et restituent la chaleur la nuit. Tous les terrains de l’appellation n’en sont pas couverts : on y trouve aussi des sables, des argiles et du calcaire, qui composent une mosaïque de sols. L’appellation autorise un nombre élevé de cépages, rouges et blancs, parmi lesquels le grenache tient une place majeure.
La suite de l’histoire des appellations est racontée dans la page naissance des appellations d’origine. Pour une autre étape médiévale, voir les vignes des monastères, et la rubrique histoire.

