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Les cabanes de pierre sèche des vignes, de la Bourgogne au Languedoc

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Les cabanes de pierre sèche des vignes, de la Bourgogne au Languedoc

La cadole, la cabotte et la capitelle sont des cabanes de pierre sèche bâties au milieu des vignes pour abriter le vigneron et ses outils. Le nom change selon la région, mais la technique reste la même : des pierres posées sans mortier, souvent couvertes d’une voûte en encorbellement.

Un nom différent dans chaque région

NomOù on l’emploieForme fréquente
CabotteCôte-d’Or, Côte de Nuits et Côte de BeaunePetite cabane ronde ou carrée, toit de pierres plates
CadoleSud de la Bourgogne, Mâconnais, Côte chalonnaise, BeaujolaisCabane voûtée, parfois adossée à un mur
CapitelleLanguedoc, notamment Gard et HéraultCabane ronde à voûte de pierre en encorbellement
BorieProvence, en particulier VaucluseCabane agricole de pierre sèche, parfois groupée en hameau
Loge de vigneChampagne et vignobles du NordAbri de pierre ou de brique, souvent maçonné

Ces noms se recoupent et varient d’un village à l’autre ; une même cabane peut être désignée de deux façons selon l’interlocuteur. Dans le Quercy, on parle de caselle ou de gariotte. Le vocabulaire local reste le meilleur guide, et les inventaires des associations de pierre sèche le consignent avec soin.

Les pierres sorties des vignes

La matière première vient du sol lui-même. En défrichant une parcelle pour la planter, puis chaque hiver en travaillant la terre, le vigneron sort des pierres qui gênent la pioche et la charrue. Il les entasse en tas, appelés murgers en Bourgogne ou clapas en Languedoc, les aligne en murets ou s’en sert pour bâtir. La cabane est ainsi une manière utile de ranger ce que la vigne rejette. Sur les coteaux calcaires de Bourgogne ou les garrigues du Languedoc, la pierre plate se prête particulièrement bien à cet usage.

La voûte en encorbellement

La technique la plus remarquable est la voûte en encorbellement, appelée aussi fausse voûte. Le bâtisseur pose des assises de pierres plates en cercle, chacune débordant un peu vers l’intérieur de celle du dessous. Le cercle se resserre à mesure que la construction s’élève, jusqu’à ce qu’une dernière dalle ferme le sommet. Les pierres sont légèrement inclinées vers l’extérieur pour que la pluie s’écoule. Aucun mortier ne lie l’ensemble : le poids et l’agencement des pierres assurent seuls la stabilité.

Ce savoir-faire figure depuis 2018 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, à la suite d’une candidature commune de plusieurs pays européens. Les murets et les terrasses des vignobles en relèvent aussi.

À quoi servaient ces cabanes

  • S’abriter d’un orage ou d’une averse, loin du village.
  • Ranger les outils, serpe, pioche ou hotte, pour ne pas les porter matin et soir.
  • Prendre le repas de midi à l’ombre pendant les grands travaux.
  • Surveiller les vignes à l’approche des vendanges, quand le raisin attirait les maraudeurs.

Leur taille modeste, souvent quelques mètres carrés, dit bien leur fonction : un refuge de travail, pas une habitation. Quelques cabanes plus grandes, munies d’une cheminée, ont pu servir de logement saisonnier dans les vignobles éloignés des villages.

Moins anciennes qu’on ne le croit

Leur aspect rustique fait souvent imaginer des constructions très anciennes, voire préhistoriques. Les études menées sur ces cabanes montrent qu’une grande partie d’entre elles datent des XVIIIe et XIXe siècles, période d’extension maximale des vignobles et de mise en culture des terres pauvres. Certaines portent une date gravée sur le linteau. Après la crise du phylloxéra, de nombreuses parcelles de coteau ont été abandonnées et leurs cabanes ont disparu sous les broussailles, avant d’être redécouvertes.

Les voir et les préserver

Des associations recensent et restaurent ces cabanes, souvent avec des bénévoles formés à la pierre sèche. Des sentiers balisés en font découvrir dans plusieurs vignobles, par exemple sur la côte bourguignonne, dans le paysage des climats de Bourgogne, ou dans les garrigues du Gard et de l’Hérault. La plupart se trouvent sur des terrains privés : on les observe depuis les chemins, sans y entrer ni retirer de pierres.

Lire une cabane sur le terrain

Plusieurs indices aident à lire une cabane. La forme du plan, ronde ou carrée, dépend souvent de la pierre disponible : les dalles régulières se prêtent aux angles droits, les pierres irrégulières aux plans circulaires. La couverture varie aussi : voûte de pierre visible à l’extérieur, toit de dalles posé sur une voûte intérieure, ou charpente couverte de tuiles pour certaines loges de vigne. Une niche ménagée dans le mur intérieur servait à poser la gourde ou le repas, une petite ouverture à surveiller les parcelles.

Les cabanes les plus soignées portent un encadrement de porte en pierres taillées, signe qu’un artisan, et non le vigneron seul, a participé à la construction. D’autres, plus frustes, ont été montées en quelques jours avec les pierres du champ. Les murets qui les entourent, les escaliers qui relient les terrasses et les tas de pierres voisins forment avec elles un même ensemble, à lire comme un paysage façonné par des générations d’épierrement.

Ces cabanes ne sont pas propres au vignoble : on en trouve aussi dans les anciens pâturages et les terres à céréales. Mais c’est autour des vignes, travaillées toute l’année et loin des villages, qu’elles sont les plus nombreuses.

À retenir : cadole, cabotte, capitelle ou borie désignent un même type d’abri de pierre sèche, bâti avec les pierres sorties des vignes, et dont la plupart datent des XVIIIe et XIXe siècles.

Les autres bâtiments du travail vigneron sont présentés dans la page sur les maisons de vigneron, et l’ensemble des lieux dans la rubrique patrimoine.

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