Le château du Clos de Vougeot est l’ancien domaine viticole de l’abbaye de Cîteaux, au cœur d’un vignoble clos de murs. Il réunit un cellier et une cuverie médiévaux, avec leurs grands pressoirs, et un logis de la Renaissance ; la confrérie des Chevaliers du Tastevin en est propriétaire depuis 1944.
Un clos constitué par les moines de Cîteaux
L’abbaye de Cîteaux, fondée en 1098 à quelques kilomètres de là, reçoit au XIIe siècle ses premières terres à Vougeot. Par dons, achats et échanges, les moines rassemblent peu à peu un vignoble d’un seul tenant, qu’ils finissent par entourer d’un mur. Le clos atteint une cinquantaine d’hectares, une surface exceptionnelle en Bourgogne, où les vignes sont d’ordinaire très morcelées. Les convers, frères laïcs de l’ordre, y assurent l’essentiel du travail, sous la direction d’un moine responsable du domaine.
Le cellier et la cuverie médiévaux
Les bâtiments les plus anciens sont des outils de travail. Le grand cellier, vaste salle couverte d’une charpente, servait à conserver le vin en tonneaux. La cuverie abrite quatre pressoirs à levier monumentaux, faits de poutres de chêne, qui permettaient de presser la récolte de tout le clos. Chacun fonctionne de la même manière : une longue poutre, abaissée par une vis de bois, écrase le raisin posé sur une table de pressée, la maie. Ces machines comptent parmi les plus anciens pressoirs conservés en France, et elles donnent la mesure de l’organisation agricole des cisterciens.
Le logis de la Renaissance
Au XVIe siècle, un abbé de Cîteaux fait construire un logis dans le goût de la Renaissance, qui donne à l’ensemble son allure de château. Il ne s’agit pas d’une résidence seigneuriale au sens habituel : le bâtiment servait à loger l’abbé et ses hôtes lors de leurs séjours au clos, et à administrer le domaine. Cours intérieure, escaliers, grandes salles et cuisines composent cet ensemble, que l’on confond souvent avec un château noble.
De la Révolution au partage du clos
En 1789, les biens du clergé sont nationalisés. Le Clos de Vougeot est vendu en 1791 comme bien national, d’abord à un acquéreur unique. Au XIXe siècle, il change plusieurs fois de mains, puis il est divisé à la fin du siècle entre plusieurs acheteurs. Les partages successifs, par héritages et par ventes, ont abouti à la situation actuelle : plus de quatre-vingts propriétaires se partagent le clos, certains pour quelques rangs de vigne seulement.
Le vignoble est classé en appellation grand cru Clos de Vougeot. Comme le clos descend du haut du coteau jusqu’à la plaine, près de la route, les sols et les expositions varient d’une parcelle à l’autre. Cette diversité alimente depuis longtemps les discussions sur l’homogénéité du grand cru, et rappelle que les moines avaient enclos un domaine, et non une seule nature de terrain.
Les Chevaliers du Tastevin au château
La confrérie des Chevaliers du Tastevin, fondée en 1934 à Nuits-Saint-Georges, acquiert le château en 1944. Elle y tient ses chapitres, réunions au cours desquelles elle intronise de nouveaux membres, et elle a restauré les bâtiments après la guerre. Le château reçoit aussi, chaque année en novembre, le dîner qui ouvre le week-end des Trois Glorieuses, à la veille de la vente des vins des Hospices de Beaune.
Une anecdote militaire à prendre comme légende
Un récit souvent répété veut qu’un colonel des armées de la Révolution ou de l’Empire ait fait rendre les honneurs militaires au clos par ses troupes, en passant devant ses murs. Aucune source sûre ne permet de dater ni de vérifier l’épisode, qui appartient à la légende du lieu. Il dit surtout la réputation que le clos avait acquise dès cette époque, bien au-delà de la Bourgogne.
Visiter le château et sa cuverie
Le château est ouvert à la visite, sauf lors de certaines manifestations privées. Le parcours passe par le cellier, la cuverie et ses pressoirs, la cour et le logis. Le site fait partie du bien inscrit au patrimoine mondial au titre des climats du vignoble de Bourgogne. Les jours et horaires d’ouverture se vérifient auprès du château avant le déplacement.
Le vin des moines, connu au loin
Les cisterciens ne produisaient pas seulement pour leurs besoins. Le vin du clos servait à la messe et à l’accueil des hôtes, mais une part était vendue ou offerte, ce qui contribuait à la renommée de l’abbaye et à ses revenus. La gestion suivait les usages de l’ordre : tenue de comptes, entretien des murs, renouvellement des ceps par provignage, technique qui consistait à coucher un sarment en terre pour qu’il prenne racine et donne un nouveau pied. Ce soin constant, poursuivi pendant des siècles, explique en partie que le nom du clos soit resté attaché à un vin de premier plan, bien après le départ des moines.
Le mur d’enceinte, encore visible sur une grande partie du pourtour, reste la marque la plus lisible de ce passé. Il fixe une limite que les partages successifs n’ont jamais effacée : à l’intérieur, des dizaines de propriétaires ; à l’extérieur, d’autres appellations. Le clos montre ainsi comment une décision foncière prise au Moyen Âge continue de dessiner la carte d’un vignoble.
À retenir : le château n’a jamais été une demeure noble : c’est l’outil de travail d’une abbaye, avec son cellier, sa cuverie et ses pressoirs, auquel la Renaissance a ajouté un logis.
Pour le rôle des abbayes, voir les vignes des monastères ; pour les machines de la cuverie, l’histoire du pressoir à vin ; pour la confrérie, les confréries vineuses.

