La juridiction de Saint-Émilion est un territoire de huit communes, en Gironde, héritier d’une organisation politique du Moyen Âge. En 1999, elle est devenue le premier paysage viticole inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre de paysage culturel. Elle associe un vignoble ancien, une cité médiévale et un patrimoine souterrain exceptionnel.
Une juridiction née au Moyen Âge
Au XIIe siècle, Saint-Émilion reçoit du roi d’Angleterre, alors duc d’Aquitaine, une charte qui lui accorde des droits et une administration propre. La juridiction, gouvernée par une assemblée de jurats, s’étend sur la ville et les paroisses voisines. Ses limites correspondent aujourd’hui à huit communes, dont Saint-Émilion, Saint-Laurent-des-Combes, Saint-Christophe-des-Bardes et Saint-Hippolyte.
Un vignoble ancien
La vigne est cultivée à Saint-Émilion depuis l’époque romaine. Le paysage actuel, avec ses coteaux, son plateau calcaire et ses châteaux, s’est constitué au fil des siècles. Les parcelles, souvent petites, sont entourées de murets et ponctuées de bâtiments viticoles. L’appellation Saint-Émilion et son classement, révisé régulièrement à la différence du classement de 1855 du Médoc, organisent aujourd’hui ce vignoble.
La cité et son sous-sol
La cité médiévale s’étage sur un coteau calcaire. Elle conserve des remparts, des couvents, des maisons anciennes et une remarquable église monolithe, creusée directement dans la roche entre le XIe et le XIIe siècle. Le calcaire a été extrait pendant des siècles pour bâtir la ville et les environs : il en reste des kilomètres de galeries souterraines, dont certaines servent de caves.
Ce que reconnaît l’inscription
L’UNESCO a distingué un exemple remarquable de paysage viticole historique, où la culture de la vigne a façonné le territoire, l’architecture et la société depuis des siècles, et reste vivante aujourd’hui.
La Jurade
La Jurade de Saint-Émilion, confrérie vineuse refondée au XXe siècle en s’inspirant de l’ancienne assemblée des jurats, défend et fait connaître les vins de l’appellation. Ses membres, en robe rouge, proclament chaque année le ban des vendanges du haut de la tour du Roy.
La cité à pied et ses monuments souterrains
La cité se parcourt à pied, avec des pentes raides et des ruelles pavées. L’office de tourisme organise la visite des monuments souterrains. Les châteaux viticoles reçoivent souvent sur réservation. Le site attire beaucoup de visiteurs en été ; le printemps et l’automne sont plus calmes.
Les jurats et l’administration de la ville
Les jurats étaient des magistrats choisis parmi les bourgeois, chargés d’administrer la ville et sa juridiction : police, justice, impôts, défense. Ils veillaient aussi sur le vin, principale richesse du territoire. Ils fixaient la date des vendanges, contrôlaient la qualité des vins avant leur expédition et marquaient les tonneaux d’un signe qui en garantissait l’origine. Les vins jugés indignes pouvaient être écartés. Cette organisation, qui associe pouvoir municipal et contrôle du vin, fait de Saint-Émilion un exemple précoce de défense collective d’une réputation.
La cité compte aussi de nombreux monuments liés à son histoire religieuse : l’ermitage de saint Émilion, moine breton qui se serait retiré ici au VIIIe siècle selon la tradition, la chapelle de la Trinité, le cloître de la collégiale et celui des Cordeliers. Le nom même de la ville vient de cet ermite, dont la grotte se visite encore. L’histoire du vin s’y mêle à celle des pèlerins, qui passaient par la cité sur les chemins de Saint-Jacques.
Calcaire, argile et sables : un territoire contrasté
Le vignoble se répartit entre plusieurs types de terrains. Le plateau calcaire et ses côtes, autour de la cité, portent des sols peu profonds sur la roche. Au pied des coteaux s’étendent des terres plus argileuses ou sableuses, tandis que vers Pomerol apparaissent des graves. Cette diversité explique la variété des vins de l’appellation, où le merlot domine, souvent associé au cabernet franc.
Voir aussi Bordeaux et l’Angleterre et les confréries vineuses, ainsi que la rubrique patrimoine.

