Saint Vincent, diacre de Saragosse mort en martyr vers 304, est le patron des vignerons dans une grande partie de la France. Aucun texte ancien n’explique ce patronage ; il repose sur des traditions populaires, dont le jeu sur son nom et la date de sa célébration, le 22 janvier, en pleine saison de taille.
Qui était Vincent de Saragosse
Vincent est un diacre de l’Église de Saragosse, au service de l’évêque Valère, au début du IVe siècle. Pendant la persécution des chrétiens menée sous l’empereur Dioclétien, il est arrêté et conduit à Valence, en Espagne, où il meurt après avoir été torturé. Son culte se répand très tôt : saint Augustin lui consacre plusieurs sermons, et son nom figure parmi ceux des martyrs les plus honorés de l’Occident. Lisbonne, qui conserve des reliques qui lui sont attribuées, l’a choisi pour patron.
Les explications d’un patronage
- Le nom : dans la prononciation populaire, Vincent se décompose en vin et sang, rapprochement qui évoque le vin de l’eucharistie.
- Le calendrier : le 22 janvier tombe en plein hiver, quand la vigne est en repos et que la taille occupe les vignerons ; c’est un moment où l’on peut se réunir.
- L’image : dans certaines églises de vignoble, le saint tient une grappe ou une serpette, attributs ajoutés par les sociétés vigneronnes, alors que son iconographie ancienne le montre avec une palme, le gril de son supplice ou un corbeau qui, selon la légende, aurait protégé son corps.
Aucune de ces explications ne peut être prouvée. Le patronage est ancien, mais son origine reste inconnue, et il coexiste avec d’autres saints protecteurs selon les régions.
D’autres saints de la vigne
| Saint | Où on l’invoque | Ce qu’on lui associe |
|---|---|---|
| Vincent | Bourgogne, Champagne, Val de Loire, Alsace et une grande partie de la France | Patron des sociétés de vignerons, célébré le 22 janvier |
| Martin de Tours | Touraine et Val de Loire | Une légende lui attribue l’invention de la taille, après qu’un âne eut brouté des ceps |
| Urbain | Alsace et pays germaniques | Célébré le 25 mai, invoqué contre les gelées de printemps |
| Verny | Auvergne | Patron des vignerons de ces vignobles |
La légende de saint Martin et de son âne est l’une des plus connues : les ceps broutés par l’animal auraient donné, l’année suivante, une meilleure récolte, révélant l’intérêt de tailler la vigne. Elle se raconte en Touraine, où le culte de Martin, évêque de Tours au IVe siècle, est très ancien.
Les sociétés de Saint-Vincent
Dans de nombreux villages, les vignerons se sont groupés en sociétés de Saint-Vincent, à la fois confréries religieuses et caisses de secours mutuel. Les cotisations aidaient un membre malade ou blessé, ou la veuve d’un vigneron. En Bourgogne, la statue du saint est confiée chaque année à un membre, le bâtonnier, qui la garde chez lui jusqu’au 22 janvier suivant ; le jour venu, elle est portée en procession jusqu’à l’église, puis jusqu’à la maison du nouveau bâtonnier.
Le 22 janvier, ou le dimanche le plus proche, la journée suit souvent le même ordre : messe, procession, repas commun des sociétaires. Les dictons du jour parlent surtout du temps : « À la Saint-Vincent, l’hiver s’en va ou se reprend », dit l’un d’eux, que l’on retrouve sous plusieurs formes selon les villages.
Saint Vincent dans les vignobles aujourd’hui
Le culte a pris des formes très diverses. En Bourgogne, les célébrations de village ont été rassemblées en 1938 dans la Saint-Vincent tournante, qui change de village chaque année. En Champagne, en Alsace, dans le Val de Loire ou en Languedoc, de nombreuses communes viticoles gardent une Saint-Vincent locale, avec bénédiction des ceps ou des outils selon les lieux. Le saint figure aussi sur des vitraux, des bannières et des statues de vigne.
Les sociétés de Saint-Vincent sont les ancêtres directs de bien des confréries vineuses actuelles, qui en ont repris les bannières et parfois les statues. Leur rôle religieux s’est effacé, leur rôle de rassemblement des vignerons demeure.
Statues, vitraux et bannières
Les églises des villages viticoles conservent de nombreuses statues de saint Vincent, souvent en bois polychrome. Le saint y porte la dalmatique, vêtement liturgique des diacres, qui permet de le reconnaître même lorsque les autres attributs ont disparu. Les sociétés vigneronnes ont parfois fait ajouter une grappe dans sa main ou une serpette à sa ceinture. Des vitraux, des bannières de procession brodées et des bâtons de confrérie complètent ce patrimoine, que les inventaires régionaux recensent. Ces objets sont fragiles : beaucoup ont été restaurés par les communes ou les associations, et certains ne sortent plus de l’église que le jour de la Saint-Vincent.
Ces objets se voient le plus souvent lors des journées du patrimoine ou à l’occasion de la Saint-Vincent, quand les églises sortent leurs bannières. Leur étude renseigne sur l’histoire des sociétés vigneronnes elles-mêmes : date de fondation, nombre de membres, saints associés, parfois listes de bâtonniers successifs, conservées dans les archives paroissiales ou communales. Les inventaires du patrimoine religieux des régions viticoles en recensent un grand nombre.
À retenir : saint Vincent est un martyr espagnol du IVe siècle dont aucun texte ancien n’explique le lien avec la vigne ; la date de sa célébration, en pleine saison de taille, et le jeu sur son nom en ont fait le patron des vignerons.
Pour le rôle de l’Église dans l’histoire de la vigne, voir les vignes des monastères, et les autres usages du calendrier dans la rubrique traditions.

