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Le beaujolais nouveau, d’un vin de comptoir lyonnais à un rendez-vous mondial

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Le beaujolais nouveau, d’un vin de comptoir lyonnais à un rendez-vous mondial

Le beaujolais nouveau est un vin de primeur, élaboré à partir du gamay et mis en vente quelques semaines après la vendange. Son histoire réglementaire commence en 1951, quand une dérogation autorise la sortie anticipée des vins de primeur ; depuis 1985, la date est fixée au troisième jeudi de novembre.

Un vin de l’année avant d’être un événement

Bien avant toute réglementation, les vignerons du Beaujolais vendaient une partie de leur récolte dès la fin des fermentations. Le vin, jeune et fruité, descendait vers Lyon, à quelques dizaines de kilomètres, où il était servi en pichet dans les bouchons, les petits restaurants de la ville. On prête à l’écrivain Léon Daudet, dans l’entre-deux-guerres, la formule selon laquelle Lyon serait arrosée par trois fleuves, le Rhône, la Saône et le Beaujolais. Le vin nouveau était alors une affaire régionale, liée au rythme des vendanges et au commerce de proximité.

1951 : la date de sortie devient une règle

Après la Seconde Guerre mondiale, l’administration encadre la mise en marché des vins d’appellation. Un arrêté de 1951 interdit la sortie des vins d’appellation d’origine contrôlée avant la mi-décembre, pour laisser aux vins le temps de se stabiliser. Les producteurs du Beaujolais, dont le commerce repose en partie sur les vins jeunes, obtiennent la même année une dérogation pour vendre plus tôt certains vins de primeur. Le beaujolais nouveau, au sens réglementaire, naît de ce texte.

Du 15 novembre au troisième jeudi

Pendant un temps, la sortie est fixée à une date du calendrier, le 15 novembre. Ce jour tombant tantôt en semaine, tantôt en fin de semaine, les professionnels obtiennent en 1985 qu’elle soit placée le troisième jeudi de novembre, ce qui simplifie l’organisation des expéditions et de la distribution. La mise en vente est autorisée dès minuit, ce qui impose une logistique serrée pour acheminer les premières caisses vers les grandes villes et l’étranger.

Un phénomène commercial des années 1970 et 1980

Dans les années 1970 et 1980, le beaujolais nouveau devient un phénomène international. Les maisons de négoce de la région organisent des campagnes autour de son arrivée, et un slogan, « le beaujolais nouveau est arrivé », se répand sur les affiches. Le vin s’exporte vers le Royaume-Uni, l’Allemagne, puis les États-Unis et le Japon, que le décalage horaire place parmi les premiers pays à le recevoir.

Ce succès a eu des effets contrastés. Il a fait connaître le nom du Beaujolais dans le monde entier, mais il a aussi attaché la région à l’image d’un vin de garde très courte, au détriment de ses crus, comme Morgon, Fleurie ou Moulin-à-Vent, qui ne sont pas des vins de primeur. Une partie de la profession met désormais davantage en avant ces appellations.

Comment on élabore un vin de primeur

Les vinifications de primeur font souvent appel à la macération semi-carbonique : les grappes entières sont placées en cuve, et une partie de la fermentation commence à l’intérieur des baies, avant le pressurage. Cette méthode donne des vins au fruit marqué, peu tanniques, pensés pour une garde courte. Le travail est rapide : quelques semaines séparent la récolte de la mise en bouteille, quand les vins de garde demandent des mois d’élevage.

Beaujolais nouveau ou primeur

Dans le Beaujolais, les deux mots désignent la même catégorie : la mention « nouveau » et la mention « primeur » sont admises l’une et l’autre. D’autres régions produisent aussi des vins de primeur sous leurs propres appellations, avec des dates de sortie encadrées, comme Gaillac, Côtes-du-Rhône, Touraine ou Mâcon. Seules les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages peuvent produire du beaujolais nouveau ; les dix crus en sont exclus. Ces mentions figurent sur l’étiquette de vin au même titre que l’appellation.

Trois questions sur le beaujolais nouveau

Pourquoi un jeudi ?
Le jeudi a été retenu en 1985 pour que la sortie tombe chaque année le même jour de la semaine. Cette régularité simplifie le travail des transporteurs et des commerces, qui reçoivent les vins avant la fin de semaine.
Le beaujolais nouveau se garde-t-il ?
Il est élaboré pour une garde courte : sa vinification met en avant le fruit plutôt que la structure. Les crus du Beaujolais, issus du même cépage mais vinifiés autrement, supportent beaucoup mieux le vieillissement.
Quel cépage le compose ?
Le gamay noir à jus blanc, cépage principal du Beaujolais. Le cahier des charges admet d’autres cépages en proportion limitée.

Le Beaujolais, un vignoble entre Mâconnais et Lyonnais

Le Beaujolais s’étend au nord de Lyon, principalement dans le département du Rhône et, pour une petite part, en Saône-et-Loire. Le nord du vignoble, aux sols granitiques, porte les dix crus et l’appellation Beaujolais-Villages ; le sud, aux sols plus argileux et calcaires, autour du pays des pierres dorées, produit surtout l’appellation Beaujolais. Le gamay y a trouvé son terrain d’élection après avoir été chassé de la Côte-d’Or : en 1395, une ordonnance de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, en interdit la culture dans ses terres au profit du pinot noir. Le cépage s’est maintenu plus au sud, où il est devenu l’identité du vignoble.

À retenir : le beaujolais nouveau est né d’une dérogation de 1951 et sort depuis 1985 le troisième jeudi de novembre ; seules les appellations Beaujolais et Beaujolais-Villages peuvent le produire.

Pour le cadre réglementaire, voir la naissance des appellations d’origine ; pour un autre rendez-vous de novembre, la vente des Hospices de Beaune, et les autres usages du calendrier dans la rubrique traditions.

Sources : cahier des charges des AOC Beaujolais et Beaujolais-Villages, INAO, interprofession des vins du Beaujolais.

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