Le ban des vendanges est la date à partir de laquelle il est permis de commencer la récolte du raisin. Au Moyen Âge, il était fixé par le seigneur ou par l’autorité locale. Il s’agissait d’éviter les vendanges trop précoces, de protéger les récoltes et de faciliter la perception des redevances. Aujourd’hui, il survit sous forme réglementaire dans certaines appellations et sous forme de fête dans de nombreux villages.
Un droit seigneurial
Le mot ban désigne, au Moyen Âge, le pouvoir d’ordonner et d’interdire. Le ban des vendanges est une décision de l’autorité qui interdit de vendanger avant une date. Le seigneur, l’abbaye ou la communauté villageoise réunit des experts qui inspectent les vignes et jugent de la maturité du raisin. La date est ensuite proclamée publiquement. Le seigneur bénéficie parfois d’un privilège, celui de vendanger avant les autres.
Les raisons du ban
- Éviter les vendanges trop précoces, qui donnaient un vin médiocre et nuisaient à la réputation du vignoble.
- Protéger les vignes contre les vols, en surveillant les parcelles jusqu’à la récolte.
- Organiser la perception des dîmes et redevances sur la récolte.
- Coordonner le travail, l’usage des pressoirs banaux et la main-d’œuvre.
De la Révolution à aujourd’hui
La Révolution abolit les droits seigneuriaux, mais le ban des vendanges subsiste dans certaines communes sous l’autorité des maires. Au XXe siècle, avec les appellations d’origine, une date de début des vendanges peut encore être fixée chaque année, sur proposition des organismes de défense et de gestion, pour garantir une maturité suffisante. Le vigneron choisit ensuite son moment, parcelle par parcelle, à partir de cette date.
À Saint-Émilion
À Saint-Émilion, la Jurade proclame solennellement le ban des vendanges du haut de la tour du Roy, chaque année en septembre. La cérémonie rappelle l’ancien rôle des jurats dans l’administration de la ville.
Les fêtes du ban
Dans de nombreux villages, le ban des vendanges est devenu une fête : défilé, marché, repas partagé, parfois spectacle. Ces fêtes célèbrent l’ouverture de la récolte et rassemblent vignerons, vendangeurs et habitants. Elles sont ouvertes au public et proposent des animations pour tous.
Les bans de vendange dans les archives
Les dates des bans de vendange, consignées pendant des siècles dans les registres des villes et des seigneuries, sont devenues une source précieuse pour les historiens du climat. En Bourgogne notamment, des séries continues remontent au Moyen Âge. Une date précoce signale un été chaud, une date tardive un été frais. En reconstituant ces séries, les chercheurs ont pu retracer les variations du climat européen sur plusieurs siècles, bien avant les mesures météorologiques. Les dates récentes, nettement plus précoces qu’autrefois, illustrent le réchauffement en cours.
Le grappillage et la fin des vendanges
Le ban réglait aussi ce qui suivait la récolte. Dans de nombreuses communes, une fois les vendanges terminées, les plus pauvres étaient autorisés à grappiller, c’est-à-dire à ramasser les grappes oubliées sur les ceps, à partir d’une date fixée à son tour par l’autorité. Le grappillage avant cette date était puni. Cet usage, proche du glanage des champs de céréales, a disparu avec la modernisation des vignobles. La fin de la récolte se marquait enfin par un repas offert aux vendangeurs, que la Bourgogne appelle la paulée.
Le ban a aussi laissé des traces dans la langue. Le mot appartient à la même famille que la banlieue, territoire soumis au ban d’une ville sur environ une lieue, et que les biens banaux, comme le four, le moulin ou le pressoir, dont les habitants devaient payer l’usage.
Dans certains villages, un arrêté municipal rappelle encore la date d’ouverture de la récolte et les règles de circulation des engins dans les chemins viticoles.
Voir aussi la juridiction de Saint-Émilion et la fête des vendanges de Montmartre, ainsi que la rubrique traditions.

